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jeudi, 12 janvier 2012

Un dieu en devenir

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« L'homme est la seule créature imparfaite sur la surface de la terre - bien qu'il en soit la plus élevée -, car lui seul n'est pas devenu celui qu'il est - un dieu en devenir-, il a réduit au silence la voix du dieu intérieur, choisissant l'inertie de la survie plutôt que la sélection créative de l'évolution; et tout ce qui ne va pas vers le haut et l'avant, va vers le bas et l'arrière. Le singe en l'homme a donc tué le dieu en l'homme. Il reste ainsi enfermé dans son infinie vanité, piégé dans le royaume du possible, et, sauf pour quelques hommes divins - qui sont plus dieux qu'hommes -, l'homme doit encore franchir le seuil de l'Impossible et parcourir le chemin de la divinité, qui est gravé en son corps et son âme immortelle, et attends toujours d'être foulé. »

Abir Taha, « L'Épopée d'Arya »

15:15 Publié dans Abir Taha | Lien permanent | Commentaires (2)

mardi, 11 octobre 2011

La vie envisagée comme un rite

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« Dans la conception hindoue de l'existence, il n'y a pas de séparation entre des activités sacrées et des activités profanes. La vie entière de l'homme est une participation à la symphonie cosmique. La vie est une sacerdoce. Il n'y a pas d'actions indifférentes. Tous nos gestes, tous nos actes ont des conséquences. Ils doivent être réglés pour se conformer au dessin harmonieux de l'Univers.

Il existe un rituel du bain, un rituel des repas, un rituel de l'amour, un rituel de la procréation. Il existe des rites du matin, de midi, du soir et de tous les points cruciaux des cycles des saisons, des années, de la vie. Il y a une manière rituelle de respirer, une manière rituelle de se vêtir, une manière rituelle d'étudier. Il y a des rites du feu, des rites de changement de condition humaine, des rites pour tous les événements de la vie. Toutes nos actions sont des formes de culte et doivent donc être accomplies avec calme, modération, ordre et précision. « Ayant par ses actes rendu un culte aux dieux, l'homme atteint la libération » (Bhagavad-Gîtâ, 18,46.) En sanskrit il n'y a pas de mot distinct pour l'action physique et l'action rituelle. Toute action est une forme de rite. »

Alain Daniélou, « Mythes et dieux de l'Inde »

lundi, 03 mai 2010

Dionysos contre le Crucifié

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« Les deux types : Dionysos et le Crucifié. - Déterminer si le type de l'homme religieux est une forme de décadence (les grands novateurs sont tous sans exceptions maladifs et épileptiques); mais n'est-ce pas là omettre un certain type de l'homme religieux, le type païen ? Le culte païen n'est-il pas une forme de la reconnaissance envers la vie, de l'affirmation de la vie ? Son représentant suprême ne devrait-il pas être, dans sa personne même, l'apologie et la divinisation de la vie ? Le type d'un esprit heureusement développé et débordant d'une extase de joie ! Un esprit qui absorbe en lui et rachète les contradictions et les équivoques de la vie ! C'est ici que je placerai l'idéal dionysiaque des Grecs : l'affirmation religieuse de la vie dans son entier, dont on ne renie rien, dont on ne retranche rien... Dionysos contre le 'Crucifié' : voilà le contraste. La différence entre eux n'est pas celle de leur martyre, mais ce martyre a des sens différents. Dans le premier cas, c'est la vie elle-même, son éternelle fécondité et son éternel retour qui sont cause du tourment, de la destruction, de la volonté du néant. Dans l'autre cas, la souffrance, le 'Crucifié innocent', portent témoignage contre la vie: un sens chrétien, ou un sens tragique ? Dans le premier cas, elle doit être le chemin qui mène à la sainteté; dans le second cas, l'existence semble assez sainte par elle-même pour justifier par surcroît une immensité de souffrance. L'homme tragique affirme même la plus âpre souffrance, tant il est fort, riche et capable de diviniser l'existence; le chrétien nie même le sort le plus heureux de la terre; il est pauvre, faible, déshérité au point de souffrir de la vie sous toutes ses formes. Le Dieu en croix est une malédiction de la vie, un avertissement de s'en affranchir; Dionysos écartelé est une promesse de vie, il renaîtra éternellement et reviendra du fond de la décomposition »

Friedrich Nietzsche, « La volonté de Puissance, op. cit., vol. II, pp. 412-3 »

samedi, 10 avril 2010

La beauté

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Ô Bellarmin ! quand un peuple aime la beauté, quand il honore, en ses créateurs, le génie, un esprit commun circule, pareil au souffle de la vie; la pensée timide s'épanouit, la suffisance fond, tous les coeurs sont doux et grands, et l'enthousiasme engendre des héros. Un tel peuple est la patrie de tous les hommes, et l'étranger volontiers s'y attarde. Mais là où la Nature divine et ses porte-parole, les créateurs, subissent de pareils affronts, la joie de vivre s'évanouit; n'importe quel astre est préférable à cette terre. Là, les hommes, qui sont pourtant tous nés dans la beauté, se font de plus en plus sauvage, arides; le sens de la servitude augmente avec la grossièreté, l'ivresse avec le souci, et avec le luxe, la faim et l'angoisse de se nourrir; les dons de chaque année tournent en malédiction, et les dieux fuient.

Friedrich Hölderlin, « Hypérion »