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dimanche, 04 avril 2010

Grandeur tragique

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Si l'esprit du chant n'avait pas habité dans la profondeur de chaque grande souffrance, aucun Homère ne l'aurait chantée. L'essentiel et le grand demandent à être chantés, tout comme, selon le mythe grec, l'être du monde exige le chant des Muses pour s'accomplir dans la manifestation de sa vérité.
Ce que ces vers de l'Odyssée disent du destin des héros de la guerre de Troie, nous l'entendons de la bouche d'Hélène en personne dans l'Iliade (VI, 357), quand elle se plaint de l'infortune qui l'a frappée, elle et Pâris. Cela serait arrivé, selon elle, afin que tous deux puissent devenir un chant dans les temps futurs. Un poète tragique, bien des siècles après, fait ainsi s'exprimer avec une fierté sublime la reine Hécube qui doit connaître la misère de l'esclavage après la chute de Troie. Ainsi, dit-elle, Troie a été choisie pour la haine, et toutes nos victimes ont été inutiles, mais si dieu ne nous avait pas précipités dans une souffrance si profonde,

« Nous irions sans bruit, sans laisser de traces, 
Et nous ne serions pas un chant pour les hommes à venir. »
(Euripide, Les Troyennes, v. 1240 sq.)

En dépit de tout ce qui est arrivé, elle a été consolée de savoir que sa souffrance, avec sa grandeur intérieure, appartenait à la sphère de l'éternel où habitent les dieux — sa souffrance humaine plus encore peut-être que ses joies humaines.

Walter F. Otto, « L'esprit de la religion grecque ancienne : Theophania »

vendredi, 02 avril 2010

Tout est rythme

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« Tout est rythme, le destin tout entier de l’homme est un rythme céleste, de même que toute œuvre d’art est un rythme unique, et tout prend élan depuis les lèvres poétiques du dieu, et là où l’esprit de l’homme s’ajointe à lui, ce sont les destins transfigurés dans lesquels se montre le génie : le dire poétique est une lutte pour la vérité… Et ainsi le dieu utilise le poète comme flèche, pour tirer de son arc le rythme… »

Friedrich Hölderlin

jeudi, 18 mars 2010

Je suis une Grecque

 

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« Je suis une Grecque et pour moi, toute rêverie, toute pensée doit prendre forme »

Paul Morand, cité par Christopher Gérard in « La source pérenne »

dimanche, 24 janvier 2010

Dionysos et Apollon

 

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C'est en liant Dionysos et Apollon que la religion grecque a atteint sa hauteur la plus sublime.
Cela ne saurait être un simple hasard qu'Apollon et Dionysos soient venus l'un à l'autre. Ils se sont attirés et cherchés, parce que leurs règnes, malgré le contraste le plus brutal, sont malgré tout, sur le fond, rattachés par un lien éternel.

La race des dieux olympiens est elle-même née de cette profondeur abyssale du terrestre, dans laquelle Dionysos est chez soi, et elle ne peut nier sa provenance sombre. La lumière et l'esprit d'en haut doivent toujours avoir eu au-dessous de soi le nocturne et la profondeur maternelle, sur lesquels tout être est fondé. Dans Apollon, c'est tout l'éclat de l'olympien qui est rassemblé, et qui constitue le pôle opposé aux règnes du devenir et du périr éternel. Apollon avec Dionysos, le guide ivre des rondes du cercle terrestre, c'est toute l'ampleur du monde.

À la religion olympienne, qui ne devait pas être une religion de la soumission ou du cœur indigent, mais celle de l'esprit clairvoyant, il fut réservé, là où d'autres séparent et maudissent, de reconnaître et d'honorer « l'union des contraires, celle que montrent l'arc et la lyre ».

 

Walter F. Otto, « L'esprit de la religion grecque ancienne : Theophania »