Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 03 mai 2010

Dionysos contre le Crucifié

dionysos2ym8.jpg

« Les deux types : Dionysos et le Crucifié. - Déterminer si le type de l'homme religieux est une forme de décadence (les grands novateurs sont tous sans exceptions maladifs et épileptiques); mais n'est-ce pas là omettre un certain type de l'homme religieux, le type païen ? Le culte païen n'est-il pas une forme de la reconnaissance envers la vie, de l'affirmation de la vie ? Son représentant suprême ne devrait-il pas être, dans sa personne même, l'apologie et la divinisation de la vie ? Le type d'un esprit heureusement développé et débordant d'une extase de joie ! Un esprit qui absorbe en lui et rachète les contradictions et les équivoques de la vie ! C'est ici que je placerai l'idéal dionysiaque des Grecs : l'affirmation religieuse de la vie dans son entier, dont on ne renie rien, dont on ne retranche rien... Dionysos contre le 'Crucifié' : voilà le contraste. La différence entre eux n'est pas celle de leur martyre, mais ce martyre a des sens différents. Dans le premier cas, c'est la vie elle-même, son éternelle fécondité et son éternel retour qui sont cause du tourment, de la destruction, de la volonté du néant. Dans l'autre cas, la souffrance, le 'Crucifié innocent', portent témoignage contre la vie: un sens chrétien, ou un sens tragique ? Dans le premier cas, elle doit être le chemin qui mène à la sainteté; dans le second cas, l'existence semble assez sainte par elle-même pour justifier par surcroît une immensité de souffrance. L'homme tragique affirme même la plus âpre souffrance, tant il est fort, riche et capable de diviniser l'existence; le chrétien nie même le sort le plus heureux de la terre; il est pauvre, faible, déshérité au point de souffrir de la vie sous toutes ses formes. Le Dieu en croix est une malédiction de la vie, un avertissement de s'en affranchir; Dionysos écartelé est une promesse de vie, il renaîtra éternellement et reviendra du fond de la décomposition »

Friedrich Nietzsche, « La volonté de Puissance, op. cit., vol. II, pp. 412-3 »

dimanche, 24 janvier 2010

Dionysos et Apollon

 

ApollonDionysos.jpg

C'est en liant Dionysos et Apollon que la religion grecque a atteint sa hauteur la plus sublime.
Cela ne saurait être un simple hasard qu'Apollon et Dionysos soient venus l'un à l'autre. Ils se sont attirés et cherchés, parce que leurs règnes, malgré le contraste le plus brutal, sont malgré tout, sur le fond, rattachés par un lien éternel.

La race des dieux olympiens est elle-même née de cette profondeur abyssale du terrestre, dans laquelle Dionysos est chez soi, et elle ne peut nier sa provenance sombre. La lumière et l'esprit d'en haut doivent toujours avoir eu au-dessous de soi le nocturne et la profondeur maternelle, sur lesquels tout être est fondé. Dans Apollon, c'est tout l'éclat de l'olympien qui est rassemblé, et qui constitue le pôle opposé aux règnes du devenir et du périr éternel. Apollon avec Dionysos, le guide ivre des rondes du cercle terrestre, c'est toute l'ampleur du monde.

À la religion olympienne, qui ne devait pas être une religion de la soumission ou du cœur indigent, mais celle de l'esprit clairvoyant, il fut réservé, là où d'autres séparent et maudissent, de reconnaître et d'honorer « l'union des contraires, celle que montrent l'arc et la lyre ».

 

Walter F. Otto, « L'esprit de la religion grecque ancienne : Theophania »