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lundi, 13 juin 2011

Une époque plus haute encore

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« Je salue tous les indices de la venue d’une époque plus virile et plus guerrière qui mettra de nouveau en honneur la bravoure avant tout ! Car cette époque doit tracer le chemin d’une époque plus haute encore et rassembler la force dont celle-ci aura besoin un jour – pour introduire l’héroïsme dans la connaissance et faire la guerre pour l’amour de la pensée et de ses conséquences. Pour cela il faut maintenant des hommes vaillants qui préparent le terrain, des hommes qui ne pourront certes pas sortir du néant – et tout aussi peu du sable et de l’écume de la civilisation d’aujourd’hui et de l’éducation des grandes villes : des hommes qui, silencieux, solitaires et décidés, s’entendent à se contenter de l’activité invisible qu’ils poursuivent : des hommes qui, avec une propension à la vie intérieure, cherchent, pour toutes choses, ce qu’il y a à surmonter en elles : des hommes qui ont en propre la sérénité, la patience, la simplicité et le mépris des grandes vanités tout aussi bien que la générosité dans la victoire et l’indulgence à l’égard des petites vanités de tous les vaincus : des hommes qui ont un jugement précis et libre sur toutes les victoires et sur la part du hasard qu’il y a dans toute victoire et dans toute gloire : des hommes qui ont leurs propres fêtes, leurs propres jours de travail et de deuil, habitués à commander avec la sûreté du commandement, également prêts à obéir, lorsque cela est nécessaire, également fiers dans l’un et l’autre cas, comme s’ils suivaient leur propre cause, des hommes plus exposés, plus terribles, plus heureux ! Car croyez-m’en ! – le secret pour moissonner l’existence la plus féconde et la plus grande jouissance de la vie, c’est de vivre dangereusement ! Construisez vos villes au pied du Vésuve ! Envoyez vos vaisseaux dans les mers inexplorées ! Vivez en guerres avec vos semblables et avec vous-mêmes ! Soyez brigands et conquérants, tant que vous ne pouvez pas être dominateurs et possesseurs, vous qui cherchez la connaissance ! Bientôt le temps passera où vous vous satisferez de vivre cachés dans les forêts comme des cerfs effarouchés ! Enfin la connaissance finira par étendre la main vers ce qui lui appartient de droit : – elle voudra dominer et posséder, et vous le voudrez avec elle ! »

Friedrich Nietzsche, « Le Gai Savoir »

samedi, 08 janvier 2011

L'idéal antique

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« Il est vrai que la Renaissance vit un réveil magnifiquement inquiétant de l'idéal classique, du mode d'évaluation noble de toutes choses : tel un être apparemment mort qui se réveille, Rome elle-même se mit à s'animer sous la charge de la nouvelle Rome judaïsée édifiée sur elle, qui offrait une allure de synagogue oecuménique et se nommait « Église » : mais d'emblée la Judée triompha une nouvelle fois, grâce à ce mouvement de ressentiment fondamentalement plébéien (allemand et anglais) que l'on nomme la Réforme, à quoi il faut ajouter ce qui en fut la conséquence nécessaire, la restauration de l'Église - la restauration, donc, de l'ancien silence de tombeau de la Rome classique.

En un sens plus décisif et plus profond encore qu'auparavant, avec la Révolution française, la Judée remporta de nouveau la victoire sur l'idéal classique : l'ultime noblesse politique qu'ait connue l'Europe, celle des dix-septième et dix-huitième siècles français, céda sous les instincts populaciers de ressentiment, - jamais sur terre, on n'entendit plus vaste clameur d'allégresse, enthousiasme plus assourdissant ! Et c'est au beau milieu de tout cela que le plus formidable, le plus inattendu se produisit : l'idéal antique lui-même, en chair et en os, et revêtu d'une splendeur dont on n'avait pas idée, apparut aux yeux et à la conscience de l'humanité, - et de nouveau, plus fort, plus simple, plus percutant que jamais, face au vieux mot d'ordre mensonger du ressentiment proclamant le privilège du plus grand nombre, face à la volonté d'abaissement, d'avilissement, d'égalisation, de déclin et de marche au crépuscule de l'homme, retentit le contre-mot d'ordre terrible et source de ravissement proclamant le privilège du plus petit nombre ! Telle une ultime indication montrant l'autre chemin, Napoléon apparut, l'homme le plus unique et le plus tard venu qui ait jamais existé, et à travers lui, le problème incarné de l'idéal noble en soi -que l'on considère bien de quel genre de problème il s'agit : Napoléon, cette synthèse d'inhumain et de surhumain ... - Était-ce là le point final ? Cette opposition d'idéaux, la plus grande de toutes, a-t-elle de la sorte été placée ad acta pour toujours ? Ou seulement reportée, reportée pour longtemps ? ... Ne faudra-t-il pas qu'un jour ou l'autre le vieil incendie reparte de manière encore plus terrible, après une préparation encore plus longue ? Plus encore : n'est-ce pas justement ce qu'il faudrait souhaiter de toutes ses forces ? et même vouloir ? et même favoriser ? ... »

Friedrich Nietzsche, « La Généalogie de la morale »

dimanche, 14 novembre 2010

Les institutions

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« Nos institutions ne valent plus rien, on est unanime là-dessus. Mais cela ne tient pas à elles, cela tient à nous. Après que nous avons perdu tous les instincts dont se nourrissaient les institutions, ce sont les institutions mêmes qui nous coulent des mains, parce que nous ne valons plus rien pour elles. Le démocratisme a été de tous temps la forme décadente de la force d'organisation : J'ai déjà caractérisé dans Humain, trop humain la démocratie moderne, y compris ses médiocrités, comme étant la forme déchue de l'État. Pour qu'il y ait des institutions, il faut qu'il y ait une sorte de volonté, d'instinct, d'impératif, anti-libéral jusqu'à la méchanceté, une volonté de Tradition, d'autorité, de responsabilité étendue sur des siècles, de solidarité dans la chaîne des générations vers le futur et vers le passé in infinitum. Si cette volonté-là existe, il se forme « quelque chose » - comme l'Imperium Romanum [...] L'Occident tout entier n'a plus ces instincts dont se nourrissent les institutions, dont se nourrit un avenir. Rien peut-être ne prend autant à rebrousse-poil son « esprit moderne ». On vit pour aujourd'hui, on vit très rapidement, on vit en pleine irresponsabilité - et c'est ce que l'on nomme « liberté ». Ce qui des institutions fait des institutions est méprisé, haï, rejeté; on se croit menacé d'un nouvel esclavage au seul mot d'autorité »

Friedrich Nietzsche, « Le Crépuscule des idoles »

mercredi, 05 mai 2010

Brahmanisme

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« La plus haute ambition de l'homme est de s'unir à ce qu'il y a de plus puissant. Telle est l'origine du brahmanisme, né dans la caste des maîtres »

Nietzsche, « La volonté de puissance, op. cit., vol. I, p. 157 »