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lundi, 03 mai 2010

Dionysos contre le Crucifié

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« Les deux types : Dionysos et le Crucifié. - Déterminer si le type de l'homme religieux est une forme de décadence (les grands novateurs sont tous sans exceptions maladifs et épileptiques); mais n'est-ce pas là omettre un certain type de l'homme religieux, le type païen ? Le culte païen n'est-il pas une forme de la reconnaissance envers la vie, de l'affirmation de la vie ? Son représentant suprême ne devrait-il pas être, dans sa personne même, l'apologie et la divinisation de la vie ? Le type d'un esprit heureusement développé et débordant d'une extase de joie ! Un esprit qui absorbe en lui et rachète les contradictions et les équivoques de la vie ! C'est ici que je placerai l'idéal dionysiaque des Grecs : l'affirmation religieuse de la vie dans son entier, dont on ne renie rien, dont on ne retranche rien... Dionysos contre le 'Crucifié' : voilà le contraste. La différence entre eux n'est pas celle de leur martyre, mais ce martyre a des sens différents. Dans le premier cas, c'est la vie elle-même, son éternelle fécondité et son éternel retour qui sont cause du tourment, de la destruction, de la volonté du néant. Dans l'autre cas, la souffrance, le 'Crucifié innocent', portent témoignage contre la vie: un sens chrétien, ou un sens tragique ? Dans le premier cas, elle doit être le chemin qui mène à la sainteté; dans le second cas, l'existence semble assez sainte par elle-même pour justifier par surcroît une immensité de souffrance. L'homme tragique affirme même la plus âpre souffrance, tant il est fort, riche et capable de diviniser l'existence; le chrétien nie même le sort le plus heureux de la terre; il est pauvre, faible, déshérité au point de souffrir de la vie sous toutes ses formes. Le Dieu en croix est une malédiction de la vie, un avertissement de s'en affranchir; Dionysos écartelé est une promesse de vie, il renaîtra éternellement et reviendra du fond de la décomposition »

Friedrich Nietzsche, « La volonté de Puissance, op. cit., vol. II, pp. 412-3 »

mardi, 09 février 2010

Oui à l'existence

 

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La question essentielle n'est pas de savoir si nous sommes satisfaits de nous-mêmes, mais si nous sommes satisfaits de quoi que ce soit. Si nous disons oui à un seul instant, nous disons oui, par là, non seulement à nous-mêmes, mais à toute l'existence. Car rien n'existe pour soi seul, ni en nous, ni dans les choses; et si notre âme, une seule fois, a vibré et résonné comme une corde de joie, toutes les éternités ont collaboré à déterminer ce seul fait - et dans cet unique instant d'affirmation, toute l'éternité se trouve approuvée, rachetée, justifiée, affirmée.

 

Nietzsche, « la Volonté de Puissance (175) »

lundi, 08 février 2010

La Renaissance

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Comprendra-t-on un jour, voudra-t-on enfin comprendre, ce qu'était la Renaissance ? L'inversion des valeurs chrétiennes : une tentative, entreprise avec tous les moyens possibles, pour faire triompher les valeurs contraires, les valeurs aristocratiques. Il n'y a eu jusqu'à présent qu'une grande guerre, celle-là ; il n'y a pas eu de question plus cruciale que celle que posait la Renaissance - ma question est celle-là même qu'elle posait. - Il n'y a jamais non plus eu d'attaque plus systématique, plus directe, plus sévère, mieux dirigée vers le cœur de l'adversaire sur toute l'étendue du front ! Attaquer à l'endroit le plus sensible, au siège même de la chrétienté, y placer sur le trône les valeurs aristocratiques, je veux dire les faire pénétrer au cœur des instincts, des besoins et des désirs élémentaires de ceux qui occupaient le trône...

Je vois, devant moi, une possibilité d'un éclat magique, coloré, surnaturel : il me semble qu'elle resplendit dans les frémissements d'une beauté raffinée, qu'elle met en oeuvre un art si divin, si diaboliquement divin que l'on chercherait en vain pendant des millénaires semblable occasion : je vois un spectacle d'un sens si profond et si paradoxal à la fois, que tous les dieux de l'Olympe y auraient trouvé l'occasion d'un rire immortel - César Borgia, pape... Me comprend-on ? Eh bien, c'est cela qui aurait été la victoire que je suis aujourd'hui seul à réclamer : c'était le christianisme aboli ! - Or, qu'advint-il ? Un moine allemand, Luther, vint à Rome. Ce moine, avec au corps tous les instincts vindicatifs d'un prêtre manqué, se révolta, à Rome, contre la Renaissance... Au lieu de comprendre, avec une profonde gratitude, le prodigieux événement qui s'était produit, le triomphe remporté sur le christianisme, en son centre même - seule sa haine sut se nourrir à ce spectacle. [...] le christianisme, ne siégeait plus sur le trône du pape ! C'était la vie qui y trônait ! Le triomphe de la vie, le grand oui à toutes les choses élevées, belles, hardies ! Et Luther restaura l'Église : il l'attaqua. Il fit de la Renaissance un événement dépourvu de sens, un événement pour rien !

Nietzsche, « L'Antéchrist »

 

 

lundi, 18 janvier 2010

Mille et un buts

HOMME-FEMME-LUNE-FRIEDRICH.jpgZarathoustra a vu beaucoup de contrées et beaucoup de peuples : c'est ainsi qu'il a découvert le bien et le mal de beaucoup de peuples. Zarathoustra n'a pas découvert de plus grande puissance sur la terre, que le bien et le mal.

Aucune peuple ne pourrait vivre sans évaluer les valeurs ; mais s'il veut se conserver, il ne doit pas évaluer comme évalue son voisin. Beaucoup de choses qu'un peuple appelait bonnes, pour un autre peuple étaient honteuses et méprisables : voilà ce que j'ai découvert. Ici beaucoup de choses étaient appelées mauvaises et là-bas elles étaient revêtues du manteau de pourpre des honneurs.

Jamais un voisin n'a compris l'autre voisin : son âme s'est toujours étonnée de la folie et de la méchanceté de son voisin.
Un table des biens est suspendue au-dessus de chaque peuple. Or, c'est la table de ce qu'il a surmonté, c'est la voix de sa volonté de puissance.
Est honorable ce qui lui semble difficile ; ce qui est indispensable et difficile, s'appelle bien. Et ce qui délivre de la plus profonde détresse, cette chose rare et difficile, est sanctifiée par lui.

Ce qui fait régner, vaincre et briller, ce qui excite l'horreur et l'envie de son voisin : c'est ce qui occupe pour lui la plus haute et la première place, c'est ce qui est la mesure et le sens de toutes choses.

En vérité, mon frère, lorsque tu auras pris conscience des besoins et des terres d'un peuple, lorsque tu connaîtras son ciel et son voisin : tu devineras aussi la loi qui régit ses victoires sur lui-même, et tu sauras pourquoi c'est sur tel degré qu'il monte à ses espérances.

Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathoustra »