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samedi, 08 janvier 2011

L'idéal antique

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« Il est vrai que la Renaissance vit un réveil magnifiquement inquiétant de l'idéal classique, du mode d'évaluation noble de toutes choses : tel un être apparemment mort qui se réveille, Rome elle-même se mit à s'animer sous la charge de la nouvelle Rome judaïsée édifiée sur elle, qui offrait une allure de synagogue oecuménique et se nommait « Église » : mais d'emblée la Judée triompha une nouvelle fois, grâce à ce mouvement de ressentiment fondamentalement plébéien (allemand et anglais) que l'on nomme la Réforme, à quoi il faut ajouter ce qui en fut la conséquence nécessaire, la restauration de l'Église - la restauration, donc, de l'ancien silence de tombeau de la Rome classique.

En un sens plus décisif et plus profond encore qu'auparavant, avec la Révolution française, la Judée remporta de nouveau la victoire sur l'idéal classique : l'ultime noblesse politique qu'ait connue l'Europe, celle des dix-septième et dix-huitième siècles français, céda sous les instincts populaciers de ressentiment, - jamais sur terre, on n'entendit plus vaste clameur d'allégresse, enthousiasme plus assourdissant ! Et c'est au beau milieu de tout cela que le plus formidable, le plus inattendu se produisit : l'idéal antique lui-même, en chair et en os, et revêtu d'une splendeur dont on n'avait pas idée, apparut aux yeux et à la conscience de l'humanité, - et de nouveau, plus fort, plus simple, plus percutant que jamais, face au vieux mot d'ordre mensonger du ressentiment proclamant le privilège du plus grand nombre, face à la volonté d'abaissement, d'avilissement, d'égalisation, de déclin et de marche au crépuscule de l'homme, retentit le contre-mot d'ordre terrible et source de ravissement proclamant le privilège du plus petit nombre ! Telle une ultime indication montrant l'autre chemin, Napoléon apparut, l'homme le plus unique et le plus tard venu qui ait jamais existé, et à travers lui, le problème incarné de l'idéal noble en soi -que l'on considère bien de quel genre de problème il s'agit : Napoléon, cette synthèse d'inhumain et de surhumain ... - Était-ce là le point final ? Cette opposition d'idéaux, la plus grande de toutes, a-t-elle de la sorte été placée ad acta pour toujours ? Ou seulement reportée, reportée pour longtemps ? ... Ne faudra-t-il pas qu'un jour ou l'autre le vieil incendie reparte de manière encore plus terrible, après une préparation encore plus longue ? Plus encore : n'est-ce pas justement ce qu'il faudrait souhaiter de toutes ses forces ? et même vouloir ? et même favoriser ? ... »

Friedrich Nietzsche, « La Généalogie de la morale »

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