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lundi, 12 avril 2010

Le serpent à plumes

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Lorsque les Mexicains apprennent le nom de Quetzalcoatl, ils ne devraient le prononcer qu'avec la langue de leur propre sang. Je voudrais que le monde teutonique se mette à repenser dans l'esprit de Thor, de Wotan et d'Yggdrasil, le frêne qui est axe du monde, que les pays druidiques comprennent que leur mystère se trouve dans le gui, qu'ils sont eux-mêmes le Tuatha de Danaan, qu'ils sont ce peuple toujours en vie même s'il a un jour sombré. Les peuples méditerranéens devraient se réapproprier leur Hermès et Tunis son Astharoth ; en Perse, c'est Mithra qui devrait ressusciter, en Inde Brahma et en Chine le plus vieux des dragons.

D.H. Lawrence, « Le serpent à plumes »

samedi, 10 avril 2010

La beauté

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Ô Bellarmin ! quand un peuple aime la beauté, quand il honore, en ses créateurs, le génie, un esprit commun circule, pareil au souffle de la vie; la pensée timide s'épanouit, la suffisance fond, tous les coeurs sont doux et grands, et l'enthousiasme engendre des héros. Un tel peuple est la patrie de tous les hommes, et l'étranger volontiers s'y attarde. Mais là où la Nature divine et ses porte-parole, les créateurs, subissent de pareils affronts, la joie de vivre s'évanouit; n'importe quel astre est préférable à cette terre. Là, les hommes, qui sont pourtant tous nés dans la beauté, se font de plus en plus sauvage, arides; le sens de la servitude augmente avec la grossièreté, l'ivresse avec le souci, et avec le luxe, la faim et l'angoisse de se nourrir; les dons de chaque année tournent en malédiction, et les dieux fuient.

Friedrich Hölderlin, « Hypérion »

dimanche, 04 avril 2010

Grandeur tragique

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Si l'esprit du chant n'avait pas habité dans la profondeur de chaque grande souffrance, aucun Homère ne l'aurait chantée. L'essentiel et le grand demandent à être chantés, tout comme, selon le mythe grec, l'être du monde exige le chant des Muses pour s'accomplir dans la manifestation de sa vérité.
Ce que ces vers de l'Odyssée disent du destin des héros de la guerre de Troie, nous l'entendons de la bouche d'Hélène en personne dans l'Iliade (VI, 357), quand elle se plaint de l'infortune qui l'a frappée, elle et Pâris. Cela serait arrivé, selon elle, afin que tous deux puissent devenir un chant dans les temps futurs. Un poète tragique, bien des siècles après, fait ainsi s'exprimer avec une fierté sublime la reine Hécube qui doit connaître la misère de l'esclavage après la chute de Troie. Ainsi, dit-elle, Troie a été choisie pour la haine, et toutes nos victimes ont été inutiles, mais si dieu ne nous avait pas précipités dans une souffrance si profonde,

« Nous irions sans bruit, sans laisser de traces, 
Et nous ne serions pas un chant pour les hommes à venir. »
(Euripide, Les Troyennes, v. 1240 sq.)

En dépit de tout ce qui est arrivé, elle a été consolée de savoir que sa souffrance, avec sa grandeur intérieure, appartenait à la sphère de l'éternel où habitent les dieux — sa souffrance humaine plus encore peut-être que ses joies humaines.

Walter F. Otto, « L'esprit de la religion grecque ancienne : Theophania »

vendredi, 02 avril 2010

Tout est rythme

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« Tout est rythme, le destin tout entier de l’homme est un rythme céleste, de même que toute œuvre d’art est un rythme unique, et tout prend élan depuis les lèvres poétiques du dieu, et là où l’esprit de l’homme s’ajointe à lui, ce sont les destins transfigurés dans lesquels se montre le génie : le dire poétique est une lutte pour la vérité… Et ainsi le dieu utilise le poète comme flèche, pour tirer de son arc le rythme… »

Friedrich Hölderlin