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mercredi, 10 février 2010

Mysteria Mithrae

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Ce que j'apprécie dans le mithriacisme, c'est ce concept de fidélité à la parole donnée. Le Mitra indo-iranien est le Dieu ami, le Dieu du contrat. Or, cette idée de pacte est le fondement de la religiosité cosmique des Indo-Européens. Celle-ci est avant tout religion des Heures, de l'Année et donc de la Vérité. La recherche de l'harmonie sociocosmique, le respect du contrat et des engagements sont la base de notre civilisation. C'est d'ailleurs une idée qui me fut inculquée comme un dogme absolu: ce que tu promets, tu dois le faire, qu'importe le prix; tu ne peux faillir à ta promesse. C'est sans doute là l'origine de mon mithriacisme.

 

On comprend que Mithra ait été apprécié par les volontaires germaniques de l'Armée impériale, qui l'assimilaient à leur Wotan. J'aime beaucoup ce principe de souveraineté, cette éthique exigeante du service, aux antipodes de l'individualisme bourgeois, cette solidarité fraternelle, concrète, qui s'apparente à l'esprit des corps. J'aime aussi, pourquoi le nier, l'aspect « soldatique ». Prenez le beau film de Pierre Schœndorffer, le Crabe-Tambour: quelle belle figure que ce commandant de vaisseau qui sert jusqu'aux limites du possible. Voilà un officier digne d'être initié! Jünger aussi aurait fait un bon mithriaste...

Le mithriacisme, venu d'Orient (mais d'origine indo-européenne), a réuni des Germains, des Celtes, des Panonniens, des Syriens et des Nord-Africains au service de l'Empire. J'aime aussi ce cosmopolitisme de bon aloi. Voilà à mes yeux l'avenir des Mystères de Mithra: le lien entre de futures élites impériales.

[...]

Une nouvelle chevalerie ?

220px-Fred_2.jpgPaul du Breuil insiste dans ses travaux sur la transmission par l'Orient zoroastrien à l'Occident latin de l'idéal chevaleresque, sans doute l'une des plus belles expressions du génie continental. Le rôle de l'Inde hindoue, l'Inde authentique, fut fondamental dans ce processus puisque y avaient survécue les castes de Kshatriya, les Bellatores de notre Moyen Âge. De l'Inde et de l'Iran préislamique se transmirent des valeurs que véhiculaient déjà, dans l'Europe ancienne, tant le héros grec que le guerrier germanique. Les Croisades furent, par le truchement des Arabes, l'occasion de retrouvailles entre les éléments épars d'un même héritage ancestral. Ces Croisades furent ainsi le creuset d'une nouvelle synthèse, à savoir la chevalerie européenne. Fabuleuse aventure qui, de l'Inde védique à la France royale, voit la tenace résurgence d'un archétype, celui du paladin loyal et galant, trouvant, pour citer Montesquieu « de l'honneur à punir l'injustice et à défendre la faiblesse ». Quelle plus noble figure proposer à tous ceux qui ne se résignent pas au déclin? Si la décadence consiste bien en cette vulgarité satisfaite, en cette brutalité généralisée - le règne des gorilles -, la figure et le mythe de Mithra, vu comme mode de connaissance et non comme objet de connaissance, peut inspirer ceux que révulse le triomphe des forces du néant.

Éthique exigeante de l'énergie et culte vitaliste, le mithriacisme se distingue radicalement des concepts de péché originel et de rédemption. Code de droiture et amour de la vérité, il est à l'opposé de l'abject cynisme qui triomphe aujourd'hui. Mithra incarne aussi le caractère sacré de tout lien, qu'il soit social ou cosmique: rien ne lui est plus étranger que ce climat de rupture systématique, de guerre civile permanente - la guerre de tous contre chacun - instauré par un libéralisme d'essence protestante. Libéralisme qui s'apparente de plus en plus à une forme de piraterie transcontinentale, qui risque d'engloutir jusqu'au concept même de civilisation et de transformer notre vieux continent en une vaste jungle. En ce sens, le culte féodal de l'amitié est un acte de résistance au déclin. Il est aussi un appel à construire une Europe qui remplirait son rôle historique, tel qu'il fut défini en son temps par l'économiste Fr. Perroux: « mettre les moyens de la puissance au service de l'épanouissement des esprits ». Exaltation de la virtu - l'excellence des Romains -, le mithriacisme peut enfin incarner en cet âge sombre la fidélité aux valeurs impériales, ainsi que la révolte contre un monde moderne en fin de cycle.

Deo Soli Invicto Mithrae

Christopher Gérard, « La source pérenne »

mardi, 09 février 2010

Oui à l'existence

 

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La question essentielle n'est pas de savoir si nous sommes satisfaits de nous-mêmes, mais si nous sommes satisfaits de quoi que ce soit. Si nous disons oui à un seul instant, nous disons oui, par là, non seulement à nous-mêmes, mais à toute l'existence. Car rien n'existe pour soi seul, ni en nous, ni dans les choses; et si notre âme, une seule fois, a vibré et résonné comme une corde de joie, toutes les éternités ont collaboré à déterminer ce seul fait - et dans cet unique instant d'affirmation, toute l'éternité se trouve approuvée, rachetée, justifiée, affirmée.

 

Nietzsche, « la Volonté de Puissance (175) »

lundi, 08 février 2010

La Renaissance

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Comprendra-t-on un jour, voudra-t-on enfin comprendre, ce qu'était la Renaissance ? L'inversion des valeurs chrétiennes : une tentative, entreprise avec tous les moyens possibles, pour faire triompher les valeurs contraires, les valeurs aristocratiques. Il n'y a eu jusqu'à présent qu'une grande guerre, celle-là ; il n'y a pas eu de question plus cruciale que celle que posait la Renaissance - ma question est celle-là même qu'elle posait. - Il n'y a jamais non plus eu d'attaque plus systématique, plus directe, plus sévère, mieux dirigée vers le cœur de l'adversaire sur toute l'étendue du front ! Attaquer à l'endroit le plus sensible, au siège même de la chrétienté, y placer sur le trône les valeurs aristocratiques, je veux dire les faire pénétrer au cœur des instincts, des besoins et des désirs élémentaires de ceux qui occupaient le trône...

Je vois, devant moi, une possibilité d'un éclat magique, coloré, surnaturel : il me semble qu'elle resplendit dans les frémissements d'une beauté raffinée, qu'elle met en oeuvre un art si divin, si diaboliquement divin que l'on chercherait en vain pendant des millénaires semblable occasion : je vois un spectacle d'un sens si profond et si paradoxal à la fois, que tous les dieux de l'Olympe y auraient trouvé l'occasion d'un rire immortel - César Borgia, pape... Me comprend-on ? Eh bien, c'est cela qui aurait été la victoire que je suis aujourd'hui seul à réclamer : c'était le christianisme aboli ! - Or, qu'advint-il ? Un moine allemand, Luther, vint à Rome. Ce moine, avec au corps tous les instincts vindicatifs d'un prêtre manqué, se révolta, à Rome, contre la Renaissance... Au lieu de comprendre, avec une profonde gratitude, le prodigieux événement qui s'était produit, le triomphe remporté sur le christianisme, en son centre même - seule sa haine sut se nourrir à ce spectacle. [...] le christianisme, ne siégeait plus sur le trône du pape ! C'était la vie qui y trônait ! Le triomphe de la vie, le grand oui à toutes les choses élevées, belles, hardies ! Et Luther restaura l'Église : il l'attaqua. Il fit de la Renaissance un événement dépourvu de sens, un événement pour rien !

Nietzsche, « L'Antéchrist »

 

 

vendredi, 05 février 2010

Devenir

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« Même le suicide, pauvre Loup des steppes, ne te servirait à rien; tu devras malgré tout suivre le chemin le plus long, plus pénible et plus difficile du devenir humain; tu devras souvent encore multiplier ta dualité, compliquer ta complexité. Au lieu de réduire ton espace, de simplifier ton âme, tu deviendras de plus en plus le monde, tu devras finalement faire entrer l'univers entier dans ta poitrine douloureusement élargie, pour parvenir peut-être un jour au repos, à la fin. »

Hermann Hesse, « Le loup des steppes »