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lundi, 08 février 2010

La Renaissance

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Comprendra-t-on un jour, voudra-t-on enfin comprendre, ce qu'était la Renaissance ? L'inversion des valeurs chrétiennes : une tentative, entreprise avec tous les moyens possibles, pour faire triompher les valeurs contraires, les valeurs aristocratiques. Il n'y a eu jusqu'à présent qu'une grande guerre, celle-là ; il n'y a pas eu de question plus cruciale que celle que posait la Renaissance - ma question est celle-là même qu'elle posait. - Il n'y a jamais non plus eu d'attaque plus systématique, plus directe, plus sévère, mieux dirigée vers le cœur de l'adversaire sur toute l'étendue du front ! Attaquer à l'endroit le plus sensible, au siège même de la chrétienté, y placer sur le trône les valeurs aristocratiques, je veux dire les faire pénétrer au cœur des instincts, des besoins et des désirs élémentaires de ceux qui occupaient le trône...

Je vois, devant moi, une possibilité d'un éclat magique, coloré, surnaturel : il me semble qu'elle resplendit dans les frémissements d'une beauté raffinée, qu'elle met en oeuvre un art si divin, si diaboliquement divin que l'on chercherait en vain pendant des millénaires semblable occasion : je vois un spectacle d'un sens si profond et si paradoxal à la fois, que tous les dieux de l'Olympe y auraient trouvé l'occasion d'un rire immortel - César Borgia, pape... Me comprend-on ? Eh bien, c'est cela qui aurait été la victoire que je suis aujourd'hui seul à réclamer : c'était le christianisme aboli ! - Or, qu'advint-il ? Un moine allemand, Luther, vint à Rome. Ce moine, avec au corps tous les instincts vindicatifs d'un prêtre manqué, se révolta, à Rome, contre la Renaissance... Au lieu de comprendre, avec une profonde gratitude, le prodigieux événement qui s'était produit, le triomphe remporté sur le christianisme, en son centre même - seule sa haine sut se nourrir à ce spectacle. [...] le christianisme, ne siégeait plus sur le trône du pape ! C'était la vie qui y trônait ! Le triomphe de la vie, le grand oui à toutes les choses élevées, belles, hardies ! Et Luther restaura l'Église : il l'attaqua. Il fit de la Renaissance un événement dépourvu de sens, un événement pour rien !

Nietzsche, « L'Antéchrist »

 

 

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