Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 20 janvier 2010

Pour sortir de l'étau

heidegger-2.jpg

Qu’en est-il de l’être aujourd’hui ? N’est-ce qu’un mot ronflant ou s’agit-il, avec ce petit mot presque inapparent, du destin de l’Occident ? Cette Europe qui, dans un outrageant aveuglement, se trouve toujours sur le point de se poignarder elle-même, est prise aujourd'hui en étau entre d'un côté la Russie et, de l'autre, l'Amérique. Du point de vue métaphysique, Russie et Amérique sont les deux faces d'une même réalité : la même désolante frénésie de technique déchaînée et d'organisation spoliatrice de l'homme uniformisé. En un temps où le coin le plus reculé de la planète est devenu techniquement emparable et économiquement exploitable, où n'importe quel événement en tout lieu et à tout moment est rendu accessible aussi vite que possible, où on peut « vivre » simultanément un attentat contre un roi en France et un concert symphonique à Tokyo, où le temps humain n'est plus rien que rapidité, instantanéité et simultanéité alors que s'est amenuisé le temps historique tiré de la vie des nations, où le boxeur est érigé en grand homme d'un peuple, où les rassemblement en masse par millions constituent un triomphe - alors, vraiment, en une telle époque sur laquelle elle planerait tel un spectre loin au-dessus de ce vacarme, s'étend la question : « pour quoi faire ? — pour aller où ? — et quoi ensuite ? »

(...) Mais ce peuple ne se forgera un destin à partir de ce sort indubitable que s'il crée d'abord en lui-même une résonance, une possibilité de résonance pour ce destin et s'il parvient à une compréhension créative de sa tradition. Tout cela implique que ce peuple, en tant que peuple historial, s'expose et expose avec lui la pro-venance de l'Occident dans le royaume originaire des forces de l'être, à partir du centre de son pro-venir futur. Et si l'on ne veut pas que la grande décision concernant l'Europe se produise sur le chemin de l'anéantissement, alors elle ne peut se produire que par le déploiement de nouvelles forces historialement spirituelles issues de ce centre.

Demander : qu'en est-il de l'être ? — cela ne signifie rien de moins que de re-quérir le commencement de notre existence historialement spirituelle, pour le transformer en un autre commencement. Quelque chose de tel est possible. Cela constitue même la forme d'histoire qui donne la mesure, parce que c'est quelque chose qui se rattache à l'événement fondamental. Pour qu'un commencement se répète, il ne s'agit pas de se reporter en arrière jusqu'à lui comme à quelque chose de passé, qui maintenant soit connu et qu'il suffise d'imiter, mais il faut que le commencement soit recommencé plus originairement, et cela avec tout ce qu'un véritable commencement comporte de déconcertant, d'obscur et de mal assuré.

Heidegger, « Introduction à la métaphysique », 1935


Les commentaires sont fermés.